Entretien avec Mikel Santiago

Mikel Santiago participera le 10 novembre 2017 à 20h au  Prélude à la Nuit blanche du Noir , De laTrouille à la Haine (en passant par le Pire), organisé  par l’asbl InCulQ en partenariat avec le Mundaneum et la librairie Polar and c°.

En attendant, l’entretien qu’il nous a accordé est une bonne façon d’en savoir un peu plus sur lui.

 

  • NbdN: Qu’est qui passe par l’esprit d’un sociologue musicien branché informatique au moment d’écrire ? Existe-t-il des liens entre des univers aussi différents?

Mikel Santiago: J’ai l’esprit curieux, c’est certain ! Les défis et les problèmes m’attirent, depuis toujours je crois. Et écrire un roman c’est LE problème par excellence ! Un défi passionnant. Une montagne que l’on escalade avec ses bagages personnels. La musique, les voyages, Mick Jagger, Emile Durkheim, c’est tout cela que contient le sac à dos qui m’accompagne sur ce chemin difficile. Et même la programmation ! Il y a toute une école sur la manière d’écrire « proprement » des codes de software ! On dirait presque un traité de poésie ! Quand j’écris, c’est pareil pour moi.  Je souhaite écrire des textes propres, intenses, qui coulent sans heurts et qui présentent la même structure qu’un morceau de rock : un début prometteur et un final en apothéose.

  • NbdN: Comme beaucoup d’auteurs de la génération actuelle, tu as commencé par publier tes premiers récits fantastiques en autoédition sur des plateformes numériques, ce qui t’a valu un énorme succès dans les pays anglophones. Ce mode d’édition, était-ce une étape en soi ou un premier pas vers une édition papier ? Autrement dit, existe-t-il, selon toi, une « hiérarchie » entre l’édition numérique et l’édition traditionnelle ?

MS: Je crois que nous, les écrivains, nous nous renouvelons au moment de terminer une œuvre. Je suis toujours un peu pressé de finir et de commencer la suite, parce que je pense que je vais apprendre quelque chose de nouveau (et c’est peut-être de l’idéalisme pur !). J’ai commencé, en effet, par m’autoéditer en publiant des nouvelles sur mon blog, ce qui m’a donné ce sentiment éditorial, presque journalistique, de boucler les histoires puisque je devais livrer un texte par semaine. C’était contraignant mais ça m’a aidé à penser sous forme de structures et, en même temps, j’ai appris à improviser. Ensuite, je suis passé à une autre étape au cours de laquelle j’ai rassemblé mes nouvelles en recueils que j’ai ensuite « lancés » sur Internet ! Là, c’était le plaisir de retoucher le texte, choisir des titres et passer des heures à regarder des photos qui pourraient faire de bonnes couvertures. En ce qui me concerne, l’autoédition a fait de moi un auteur à succès presque par accident (et presque sans que je m’en rende compte) et a permis à un agent littéraire de s’intéresser à moi. Je me rappelle l’arrivée de son mail comme l’un des moments les plus agréables de ma carrière ! Comme celui où j’ai reçu les épreuves de mon premier roman ! De toutes mes sensations d’écrivain novice, je garde en tête l’instant où, pour la première fois,  j’ai vu mon livre dans une librairie !

  • Nbdn: Le lecteur apprécie de savoir s’il va se retrouver face à un thriller, un roman psychologique, un polar, un récit fantastique ou autre… Mais ce n’est pas si facile de classer tes romans : tu y mêles les genres et tu brouilles les pistes. Et qui plus est, c’est déconcertant un écrivain espagnol qui situe ses intrigues en Irlande, en France ou en Italie ! Est-ce que ce sont des choix d’écriture  intentionnels?

MS: Je suis un de ces écrivains influencés par les livres, le cinéma, la BD… Donc, je “mitonne” mes romans avec tous ces ingrédients. Je cherche avant tout à procurer de la distraction, du divertissement. Mais, en même temps, j’essaye de raconter l’histoire de mes personnages, de leur famille, de leurs meilleurs amis, et de leurs problèmes personnels dont ils ne parlent que dans la solitude.

En ce qui concerne le cadre où je situe mes romans, c’est assez curieux. J’aime beaucoup voyager à travers mes livres, écrire sur des lieux que je m’invente mais dont la personnalité culturelle est fortement caractérisée, comme l’Irlande, la France ou l’Italie. J’utilise cette  couleur locale  comme un des ingrédients de la « recette » d’un roman. Ça m’amuse et ça m’aide à imaginer. Le choix de l’endroit n’est donc pas vraiment prémédité. Il surgit de cet instinct que j’ai pour construire des lieux fantastiques (dans tous les sens du terme) et les scénarios de mes intrigues.

  • NbdN: Ton roman La última noche en Tremore Beach est devenu un best-seller traduit

    dans une vingtaine de langues. On ne compte plus le nombre des lecteurs passionnés. Comment parvient-on à dépasser une renommée exceptionnelle qui survient d’un jour à l’autre ? Comment fait-on pour revenir à l’humble et exigeant travail de l’écriture ?

MS: C’est une bonne question et la réponse n’est pas simple. Le succès peut déstabiliser. Au début, le flot de bonnes nouvelles est addictif. Toute cette attention des médias, c’est du pur bonheur. Et ça vous manque, au moment de vous asseoir à la table pour vous remettre à écrire, comme quand le monde ignorait votre existence. Répondre aux  attentes, voilà un autre ennemi très dur que j’ai dû affronter au moment d’écrire mon deuxième roman. Mais ces deux problèmes sont mineurs face à ce que je considère comme le réel danger : le « poids » que représente le fait de s’identifier à son œuvre, lié à une certaine idée de carrière. C’est ce qui constitue, pour moi, un véritable facteur de stress et une possibilité de distorsion dans la spontanéité et l’amusement nécessaires au moment d’écrire des histoires. Cela m’a pris du temps pour m’en rendre compte mais, heureusement, je crois que j’ai réussi à revenir à mon époque de blogueur, quand je devais publier, sans trop y penser, parce que mes lecteurs seraient fâchés de ne pas recevoir un nouveau texte pour le week-end! Je suis redevenu spontané et j’écris mieux, plus librement.

  • NbdN: Dans quelques jours tu seras à Mons où tu rencontreras un public qui ne te connait pas ou peu ou mal. Qu’est-ce que tu voudrais leur dire pour qu’ils en sachent un peu plus et qu’ils se mettent à lire La dernière nuit à Tremore Beach, ton seul roman traduit en français jusqu’à présent et publié chez Actes Sud (la maison d’édition de Sieg Larsson, Camilla Lackberg o Victor del Arbol, excusez du peu…) ?

MS: D’abord, je vous dirai que j’ai très envie de visiter Mons et de voir si me vient l’une ou l’autre idée de thriller situé au cœur de la Belgique. Avez-vous une belle légende locale à me raconter ? Un monstre officiel de la ville ? Une histoire terrible arrivée à l’ami d’un de vos amis ?

Et, bien sûr, je vous invite à passer quelques jours sur la belle plage de Tremore Beach, longue de deux kilomètres et située au nord de l’Irlande. Il n’y a là que deux maisons, toutes deux aussi idylliques que solitaires. Dans l’une d’elles, vous rencontrerez Peter Harper, un musicien à la recherche de l’inspiration perdue, qui traverse des moments difficiles à la suite de son divorce. Dans l’autre vivent les Kogan, un couple d’Américains entourés de mystère. Les Kogan et Harper entretiennent une relation de bon voisinage, jusqu’au jour où Peter est victime d’un accident et se met à faire des cauchemars effrayants où apparaissent ses voisins et d’autres personnes… Qui sont ces gens ? Que signifient ces rêves horribles ?

Chers amis montois, pour en savoir plus vous devrez lire La dernière nuit à Tremore Beach jusqu’à la dernière page ! Moi, pour l’instant, je me prépare à profiter au mieux de ma première Nuit blanche du Noir dans votre ville !

 

 

Entretien et traduction : Christine Defoin

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