12 polars (et plus) pour minuit

Si vous êtes à Madrid en ce 31 décembre, on vous proposera de manger un grain de raisin sur chacun des coups de minuit. La NbdN, festival de polar, vous invite plutôt à (re)découvrir 12 polars ou romans noirs pour finir l’année sur des perspectives de lectures passionnantes. La plupart en édition de poche.

Pour les nostalgiques des pin up et des gangsters…
Si vous avez la nostalgie des textes noirs des années 50, les éditions Gallmeister se sont lancées dans la retraduction de certains grands classiques. Relisez donc le jouissif et hilarant Fantasia chez les ploucs de Charles Williams dont le titre avait été trouvé par Marcel Duhamel, fondateur de la Série Noire, et qui est aujourd’hui réédité sous son titre initial 

Le Bikini de diamants, dans une excellente traduction de Laura Derajinski. Le texte est totalement dépoussiéré des tics langagiers des années 50 qui voulaient imposer une formulation argotique « francisée » à la plupart des romans noirs américains de l’époque. On retrouve donc Billy le gamin fasciné par la sculpturale Choo-Choo Caroline, la strip-teaseuse vêtue de son fameux bikini, objet de bien des convoitises ! Pour des aventures de gangsters à pleurer de rire. Ce qui n’est pas si fréquent !

Dans le même ordre d’idée, Jacques Mailhos s’est attelé, également pour Gallmeister, à la retraduction de tous les romans de la série Law Archer, le personnage de détective créé par Ross Macdonald et incarné jadis à l’écran par Paul Newman. Aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands écrivains de romans noirs, Macdonald est aussi adulé par des écrivains comme James Crumley ou James Ellroy. L’affaire Galton est le huitième volume disponible en retraduction. Attention, addiction possible !

Noir de noir belge
Après la noirceur violente de Si tous les dieux nous abandonnent (Collection Série Noire, Romans noirs, Gallimard, 2016), Patrick Delperdange revient avec L’Éternité n’est pas pour nous qu’il publie aux Editions Les Arènes. Univers sombre, personnages déglingués ou déjantés, désœuvrés ou démunis, c’est dur, c’est âpre cet univers qui pourrait se situer dans le fin fond des Etats Unis comme sur les bords de Meuse. Et puis, évidemment il y a l’écriture de Delperdange (Prix Rossel pour le Chants des gorges, 2005, Éditions Sabine Wespieser) qui vous scotche au roman !

Patricia Hespel n’a que deux romans à son actif mais tous deux couronnés ! Au bout du chemin a reçu le Grand Prix du Roman Femme actuelle et La fille derrière la porte le prix Franck Thilliez du suspense psychologique en 2017, dont le même Franck Thilliez dit qu’il est un « thriller implacable » ! Emmy a tout perdu et sombre dans une dépression sans fond. Jusqu’au jour où Lena lui tend la main. Mais cette main est-elle vraiment secourable ? A en frissonner par avance !

Pour les amateurs d’exotisme
En 2018, Folio Policier a édité le gros roman d’un auteur de thriller chinois de Hong Kong, Chan Ho-Kei, déjà bien connu du public anglo-saxon avec The Man Who Sold the World et The Borrowed traduit en anglais par Jeremy Tang (et pas encore en français !), dans lesquels son personnage principal, Kwon Chun-dok, sorte de Sherlock Holmes surnommé « le divin détective » mène des enquêtes ardues. Dans Hong Kong Noir, le détective est mourant et c’est son partenaire qui investigue sur une affaire remontant à 1967, une époque où Kwon Chun-dok cherchait à mettre fin aux actions des triades… Tout un univers à découvrir !

Noir à la française
Le commandant Tomar Khan est le héros récurrent de Nico Tackian. Dans Toxique, le super flic de la crim’, était appelé à enquêter sur le meurtre d’une directrice d’école maternelle. Apparemment les choses sont claires, un membre du personnel a pété les plombs et a liquidé la patronne. Mais Tomar déteste justement quand les choses sont claires. Très vite, il pense qu’il y a du psychopathe là-dessous. Et, bien entendu, il a raison ! Et ce qu’il découvre va vous faire passer l’envie de mettre vos enfants à la garderie ! Si Toxique avait des petits airs de thriller psychologique façon Barbara Abel, violence en plus, il n’en est pas de même avec Fantazmë, la deuxième aventure de Tomar Khan. Là on est dans du vrai polar bien noir et bien dur, mais aussi bouleversant parce qu’il nous donne à voir une part de notre société, celle des quartiers chauds où les migrants côtoient la pègre et où le meurtre est chose commune. Un conseil, lisez les deux romans dans l’ordre : d’abord Toxique, puis Fantazmë ! C’est toujours une aventure passionnante de voir un personnage se construire au fil des romans !

Polars islandais, parce tout le monde aime ça…
Il y a quelques jours, je me trouvais à la Librairie Molière de Charleroi occupée à conseiller à l’une de mes amies les polars qu’elle devrait acheter pour bien finir l’année, elle qui ne lit que de la littérature blanche. Pour que mes conseils fassent mouche, je lui ai aussitôt mis entre les mains deux coups de cœur un peu anciens et aussi différent que possibles, Te laisser partir de Clare Macintosch, pour son intrigue à retournement multiples qui laissent le lecteur désarçonné et Plateau de Franck Bouysse, un roman noir rural dont l’écriture, magnifique et racée, envoute. Un monsieur qui nous écoutait s’est approché et m’a demandé si je pouvais le conseiller, lui aussi. Et il a ajouté qu’il aimait plutôt les polars islandais ! Qu’à cela ne tienne. Je lui ai donc proposé Piégée de Lilja Sigurdardóttir, un roman sur le jeu des apparences et des réseaux maffieux islandais dont la suite très attendue, Le Filet, vient de sortir il y quelques semaines. J’y ajouté les romans froids, glacés, sombres, situés au bout du nord de l’île, à Siglufjördur, une ville adossée à la montagne et cernée par la mer, de Ragnar Jónasson, la nouvelle voix du polar islandais dont la série policière Dark Iceland met en scène le jeune policier Ari Thór. A ce jour, 4 romans de la série ont été publiés – dans le désordre – en français et traduits à partir de la version anglaise, ce qui est terriblement frustrant ! Là encore, pour éviter les incompréhensions, lisez dans l’ordre du récit et non dans celui de publication. Pour une vraie belle traduction de l’islandais ouvrez le dernier Arni Thorarinsson, Treize jours, où l’on retrouve son journaliste Einar. Cette fois, il va enquêter avec sa fille Gunnsa, stagiaire photographe au journal, sur la disparition de Klara, 15 ans. Un roman sur l’adolescence ravagée

Et, pour clore le chapitre islandais, j’ai rappelé à mon interlocuteur que Ian Manook, l’écrivain nomade, situait son nouveau roman Heimaey, … en Islande !

Pour la route…
Donc, si vous êtes à Madrid en ce 31 décembre à minuit, et que vous réussissez à avaler les 12 raisins, on vous en offrira un treizième pour que l’année soit bonne. La NbdN, comme tout bon festival de polar, ne recule devant rien, et vous offre DEUX derniers titres pour la route du bonheur en 2019. Une vodka polonaise très serrée, Inavouable de Zygmunt Miłoszewski. Découvert en français avec l’incontournable Les Impliqués, Miłoszewski publie ici un thriller mêlant histoire, armée secrète, terrorisme et objet d’art !
Et, pour en finir vraiment avec 2018, de la violence pure, noire, surchauffée, avec La mort selon Turner de l’anglais Tim Willocks, qui se déroule en Afrique du Sud. Pendant les 100 premières pages vous aurez la nostalgie de Deon Meyer et la tentation de lâcher le livre pour courir relire Jusqu’au dernier ou L’âme du chasseur. Ne cédez pas ! Quand le texte s’emballe, ça devient irrespirable, d’une violence indicible, et vous refermerez le livre épuisés, effrayés par ce pays dément, mais indissolublement attachés au personnage de Turner.

Et pour le début d’année…
Réservez déjà les sorties de janvier 2019 : Par-delà la pluie de Víctor del Árbol (le parrain du festival de polar NbdN!), dans une traduction de Claude Bleton chez Actes Sud, et La Transparence du temps, de Leonardo Padura, chez Métaillié dans une traduction d’Elena Zayas.

Toute l’équipe de la NbdN vous souhaite une très belle année 2019 remplie de découvertes noires incontournables et vous invite d’ores et déjà au festival de polar Nuit blanche du Noir qui se tiendra les 10 et 11 novembre prochains à Mons !

Christine Defoin

Tous les ouvrages cités ci-dessus sont disponibles en version papier, la plupart en version numérique et parfois même en audio-livres. Vous les trouverez sur Amazon, bien sûr, mais aussi et surtout chez votre (bon) libraire!

Charles Williams. Le Bikini de diamants, traduction Laura Derajinski, Editions Gallmeister, 2018.
Ross Macdonald. L’affaire Galton, traduction Jacques Mailhos, Editions Gallmeister, 2018.
Patrick Delperdange. L’Éternité n’est pas pour nous, Éditions Les Arènes, 2018.
Patricia Hespel. La fille derrière la porte, Pocket, 2018.
Chan Ho-Kei. Hong Kong Noir, traduit du chinois par Alexis Brossollet, Folio/Policier, 2018.
Nicolas Tackian. Toxique, Le livre de poche, 2018. Fantazmë, Calmann Levy, 2018.
Clare Macintosh. Te laisser partir, traduit de l’anglais par Mathieu Bathol, Livre de poche 2017.
Franck Bouysse, Plateau, Livre de poche, 2017.
Lilja Sigurdardóttir. Piégée, Points Policier, 2018, et Le Filet, Métailié Noir, 2018. Traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün.
Ragnar Jónasson. Snjór, Éditions Points, coll. « Policier » 2017. Et autres romans traduits de la version anglaise par Philippe Reilly.
Ari Thorarinsson, Treize jours, traduit de l’islandais par Eric Boury, Métaillié noir, 2018.
Ian Manook. Heimaey, Albin Michel, 2018.
Zygmunt Miłoszewski. Inavouable, traduit du polonais par Kamil Barbarski, Pocket, 2018.
Tim Willocks, La mort selon Turner, traduit de l’anglais par Benjamin Legrand, Sonatine, 2018.
Leonardo Padura. La transparence du temps, traduit de l’espagnol par Elena Zayas Métaillié, 2019.
Víctor del Árbol, Par-delà la pluie, traduit de l’espagnol par Claude Bleton, Actes Sud, 2019.

Texte soumis à la loi sur la reproduction. Autorisation à demander à inculq@gmail.com

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2 réflexions sur “12 polars (et plus) pour minuit

  1. Bonjour,

    De passage sur votre blog, je me permets de signaler une erreur : les deux romans de Lilja Sigurdardottir, Piégée et Le Filet, sont bel et bien traduits de la version originale islandaise, et non pas à partir de l’anglais 🙂
    Merci pour ces suggestions de lecture, en tout cas !

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