Le conseil polar du vendredi soir

Le conseil lecture du Festival Nuit blanche du Noir pour une fin de semaine à remonter le temps…

Avant les années terribles. (Víctor del Árbol)

Avant ces années-là, Isaías Yoweri était un enfant d’une douzaine d’années qui vivait en Ouganda. Insouciant. Heureux, comme la plupart des enfants. Aimés de ses parents. Qui adorait sa grand-mère N’go, la classe du professeur Nelson quand il leur parlait de l’Enéide, et surtout la belle Lawino dont il était, c’est certain, le héros et l’ami. Et peut-être l’amoureux.

Avant les années terribles

Après les années terribles, Isaías Yaweri a trouvé sa place à Barcelone. Il est presque heureux. Il a une boutique où il répare les bicyclettes. Il vit avec Lucía qui porte leur enfant. Il tente d’oublier les années terribles et s’emmure dans le silence ou dans les cauchemars.

Jusqu’au jour où Emmanuel K., un collègue du temps des années terribles et désormais proche du pouvoir ougandais, réapparaît dans sa vie pour l’inviter à prendre la parole lors du congrès de la « réconciliation » qui se tiendra à Kampala. Car Isaías et Emmanuel ont tous deux été enfants soldats, enrôlés de force sous les ordres de l’illuminé Joseph Kony. Séquestrés. Torturés. Violentés. Pour en faire de véritables esclaves, prêts aux pires exactions à la demande de leur maître.

Pendant les années terribles, Isaías n’était que « Le chasseur ». Apparemment doué pour débusquer les noirs albinos, très recherchés par Kony pour leurs supposés pouvoirs magiques. Aujourd’hui, il revient en Ouganda avec l’intention de ne plus rien cacher. Mais va-t-on vraiment le laisser parler lors du fameux Congrès ? Aura-t-il la possibilité de raconter toute son histoire ? Quand Lucía est enlevée, Isaías se rend compte que ce n’est pas uniquement pour son témoignage qu’on l’a fait revenir à Kampala.

Ce roman retourne le cœur, l’âme et l’esprit. Le récit en spirale, construit sur une succession d’aller et retours entre les époques,  pose les questionnements universels sur la différence, l’enfance, l’amour, la transmission, les croyances, avec lucidite et une force non dénuée de violence. La superbe écriture impressionniste de Víctor del Árbol réussit  à nous amener au plus près du potager de grand-mère N’go aussi bien que des chairs lacérées, des gestes les plus immondes ou de la simple humanité. Ah, le doigt de Samuel Abu effleurant la joue d’Isaías ! Ainsi, ce texte nous porte à croire en la plus importante et impressionnante capacité humaine : la volonté de rédemption. (CD)

Un merci chaleureux et de tout coeur à Víctor del Árbol pour avoir été pendant cinq ans le parrain attentif du Festival Nuit blanche du Noir!

Avant les années terribles. Víctor del Árbol. Actes Sud 2021. Traduction de l’espagnol de Claude Bleton.

Vous trouverez ce livre chez votre libraire habituel, évidemment! Sinon, commandez Avant les années terribles sur Librel, le site des libraires francophones indépendants de Belgique.
Ce texte est soumis à la loi sur la reproduction. Autorisation à demander à inculq@gmail.com.


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