Le conseil lecture du vendredi soir

Le conseil lecture du #Festivaldepolar Nuit blanche du Noir de #Mons pour ressentir de…

L’empathie (Antoine Renand)

Alpha est un lézard: il escalade les façades et s’introduit de nuit, souvent par la fenêtre entr’ouverte, dans les chambres de femmes qu’il a repérées avec soin. Alors, il les torture, les viole, les domine, de préférence sous les yeux de leur conjoint. Alpha est doué d’une force peu commune qu’il entretient avec soin. Quand il ne s’attaque pas à ses proies, il travaille sur un bateau. La mer, c’est le seul endroit où il se sent presque bien. Presque apaisé. Mais quand il débarque, ses souvenirs d’enfance l’assaillent, et il doit assouvir ses pulsions pour conjurer l’image du père ultra violent.

Anthony Rauch, dit La Poire en raison de son physique aux hanches trop larges, est capitaine à la « brigade du viol ». Il voit chaque jour défiler des femmes victimes, à l’égard desquelles il manifeste l’empathie qui a le pouvoir de les apaiser un peu. Probablement Anthony connaît-il bien le statut de victime, avec son lot de pressions, de non dit et de souffrances ravalées? Et peut-être même connaît-il aussi le rôle du monstre? Est-ce pour cela que l’enquête sur Alpha dont il est désormais chargé lui tient tellement à coeur?

Marion Mesny est capitaine à la même brigade. Pour elle, l’origine des blessures sont plus claires: personne, dans le service, n’ignore qu’elle a été enlevée, et séquestrée pour lui servir d’esclave sexuelle alors qu’elle avait à peine douze ans, par un maniaque qui l’avait « rendue » quand elle était tombée gravement malade! La chasse aux prédateurs, c’est son kif, elle en a fait son quotidien.

Pour ces trois là, la confrontation va être inéluctable car les blessures secrètes et les tourments intimes de chacun les pousse à se reconnaître et à s’identifier dans la poursuite mortelle qui commence.

Premier roman maîtrisé, finaliste du prix Maison de la Presse en 2019 et lauréat du prix Nouvelles voix du polar en 2020, très remarqué par la critique. Renand construit la psychologie de ses personnages avec une précision impressionnante. Et un souci du détail, même dans l’horreur. Si vous n’appréciez pas les romans hyper noirs, durs et violents, n’ouvrez pas celui-ci car il y a des passages à la limite de l’insoutenable. Mais il faut bien admettre que la façon dont Renand distille les informations, la construction de son roman sur des flash-backs et la rigueur de son analyse psychologique nous poussent presque insidieusement à construire envers ses personnages (même les pires) notre propre empathie! (CD)

L’empathie. Antoine Renand. Robert Laffont, La Bête noire, 2019. Pocket 2021

Vous trouverez ce livre chez votre libraire habituel, évidemment! Sinon, commandez L’empathie sur Librel, le site des libraires francophones indépendants de Belgique.Ce texte est soumis à la loi sur la reproduction. Autorisation à demander à inculq@gmail.com.


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